MIME-Version: 1.0 Content-Type: multipart/related; boundary="----=_NextPart_01C84331.243A2CF0" Ce document est une page Web à fichier unique, ou fichier archive Web. Si ce message est affiché, votre navigateur ou votre éditeur ne prend pas en charge les fichiers archives Web. Téléchargez un navigateur qui prend en charge les archives Web, par exemple Microsoft Internet Explorer. ------=_NextPart_01C84331.243A2CF0 Content-Location: file:///C:/D9511A4D/bahir_com.htm Content-Transfer-Encoding: quoted-printable Content-Type: text/html; charset="us-ascii"
=
André
Benzimra
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=
Commentaire
du Livre de la Clarté
=
(Bahir)
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Présentation
Le Li=
vre que
nous présentons ici est =
l’un
des trois grands ouvrages kabbalistiques avec le Sepher Yetsirah ( Le Livre de la Formation) et le Sepher haZohar ( Le Livre de la Splend=
eur).
Ses premières apparitions semblent dater du XIIe siècle. Mais=
la
tradition orale qui a précédé sa rédaction est =
sans
doute beaucoup plus ancienne.
Deux titres lui ont
été attribués : Midrasch
de Rabbi Nekhounia ben Haqanah parce que c'est par une parole de ce Rab=
bi[1]=
span>
qu'il s'ouvre ; et Sepher Ha-Bahir=
, le
Livre de la Clarté, en raison de la référence faite
par cette parole de Rabbi Nekhounia à Job XXXVII, 21-22 : «&nb=
sp;Or, maintenant on ne voit pas la clai=
re
lumière ; elle est dans les nuées ; puis, le vent passe et les
balaie. Du Nord arrive la Splendeur ».
Cette référence définit le propos du livre : faire que les nuées qui enveloppent la Divinité soient balayées et q= ue paraisse la Splendeur.
Plus préciséme=
nt,
l'objet du Bahir est double : d'une part, il étudie les étapes
successives de la Création c'est-à-dire la
généalogie des Principes, depuis la Divinité sous son
aspect le plus élevé, jusqu'au monde des existants ; d'autre =
part,
il suit le cheminement de l'initié en voie de
réintégration dans le Principe.
Ces enseignements, le Bahir = ne les fournit qu'à mots couverts. C'est que les positions qu'il déf= end avaient de quoi choquer les autorités religieuses de l'époque= : il place au-dessus de tout un Nom hébraïque de Dieu (En, le Néant, que les kabbalistes ultérieurs nommeront En-Soph, le Sans-Limite) qui ne se trouve nulle part dans la Bible ; soutient qu'il peu= t y avoir conflit entre les aspects inférieurs du Divin ; et, pour finir, affirme possible la déification de l'homme ! On comprend que Maï= ;monide ait pu juger hérétique un tel ouvrage et ait réclamé qu'on le jette au feu.
On ne peut retrouver les
enseignements du Bahir qu'à la condition de scruter chacun des mots =
dont
il use. Souvent, il sera nécessaire de se reporter aux occurrences d=
e ce
mot dans la Bible pour
dégager le sens
qu’il peut avoir dans notre livre. Les ressources des
procédés kabbalistiques – guématrie, notarikon e=
t themourah[2]=
span>
- fourniront un appoint appréciable à la clarification du tex=
te.
Enfin, on ne négligera ni la valeur hiéroglyphique des lettres
qui composent un terme ni l’harmonie imitative que peuvent revê=
tir
les sons induits par ce terme.
On découvre alors que, contrairement à ce qu'on a pu dire[3], ce livre n'est nullement déco= usu, mais, bien au contraire, constitue une construction d'une grande rigueur. Il est même remarquable que les altérations subies par un texte écrit voilà huit siècles n'aient pas réussi à entamer cette cohérence.
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L’Arbre sephirothique
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=
ALPHABET HEBRAÏQUE
a &=
nbsp; &nbs=
p; aleph =
=
span>- &=
nbsp; &nbs=
p; 1
b =
&nb=
sp; beth &=
nbsp; &nbs=
p; b/v &=
nbsp; 2
g =
&nb=
sp; guimel =
g &=
nbsp; 3
d =
&nb=
sp; daleth =
d=
&=
nbsp; 4
h =
&nb=
sp; =
hé &=
nbsp; &nbs=
p; h &=
nbsp; 5
= w &= nbsp; &nbs= p; = vav &= nbsp; &nbs= p; v/ou &= nbsp; 6
=
z &=
nbsp; &nbs=
p; =
zaïn =
&nb=
sp; z &=
nbsp; &nbs=
p; 7
x &=
nbsp; &nbs=
p; kheth =
=
span>kh &=
nbsp; 8
j = &nb= sp; = teth &= nbsp; &nbs= p; t &= nbsp; &nbs= p; 9
=
y &=
nbsp; &nbs=
p; =
yod &=
nbsp; &nbs=
p; y &=
nbsp; 10
=
k &=
nbsp; (finale: K) kaph =
; &n=
bsp; k/kh &=
nbsp; 20
l &=
nbsp; &nbs=
p; =
lamed =
l=
&=
nbsp; &nbs=
p; 30
m &=
nbsp; (finale: M) mem =
&nb=
sp; &=
nbsp; m &=
nbsp; 40=
n =
(finale:
N) =
; noun &=
nbsp; &nbs=
p; n &=
nbsp; 50
=
o &=
nbsp; &nbs=
p; samekh =
s &=
nbsp; &nbs=
p; 60
e &=
nbsp; &nbs=
p; aïn =
&nb=
sp; - &=
nbsp; &nbs=
p; 70
p =
(finale:
P) =
; pé &=
nbsp; &nbs=
p; p/ph &=
nbsp; 80
=
u &=
nbsp; (finale:
U) =
; tsadé &=
nbsp; &nbs=
p; ts &=
nbsp; 90
=
q &=
nbsp; &nbs=
p; =
qoph &=
nbsp; &nbs=
p; q &=
nbsp; 100
r &=
nbsp; &nbs=
p; =
resch =
&nb=
sp; r &=
nbsp; &nbs=
p; 200
s &=
nbsp; &nbs=
p; schin =
&nb=
sp; sch/s &=
nbsp; 300
t = &nb= sp; = thav &= nbsp; &nbs= p; th &= nbsp; 40= 0
L’alphabet hébraïque ne comporte pas à prop= rement parler de voyelles. La vocalisation se fait par des points situés en bas, à gauche ou en haut des consonnes.
Les lettres hébraïques ont chacune une valeur numérique.
L'hébreu se lit de droite à gauche.
=
=
=
=
=
=
=
=
=
1. La
Ténèbre et la Lumière
=
Rabbi
Nekhounia ben Haqanah dit :
« - Il est écrit =
d'une
part : "Et maintenant, on ne voit pas la claire Lumière ; =
elle
est dans les nuées épaisses".
Il est
écrit d'autre part : "Il fait de la Ténèbre ce qu=
i Le
cache". Et il=
est dit : "Un nua=
ge et
une brume épaisse L'entourent".
Contr=
adiction
!
Vient=
la
troisième tradition qui concilie les deux autres : "Même =
la Ténèbre
n’est pas ténébreuse pour Toi, la nuit brille comme le
jour, la Ténèbre est comme une grande
lumière". »
Bahir § 1
Il semble qu’il y ait une contradiction dans la Bible entre = p>
- « Et ma=
intenant,
on ne voit pas la claire Lumière ; elle est dans les nuées
épaisses » (Job XXXVI, 21), les nuées
épaisses étant le lieu où réside le Dieu
Suprême, En-Soph, l’Inf=
ini.
et
- « Il fai=
t de
la Ténèbre ce qui Le cache » (Psaumes XVIII, 12)&n=
bsp;;
et aussi : « Un nuage et une brume
épaisse L'entourent. » (Psaumes XCVII, 2), versets qu=
i se
rapportent au même Dieu.
Ces traditions semblent indiquer, l’une que Dieu est dans la lumière, l’autre qu’Il est dans l’obscurité= .
Mais en fait, une
troisième tradition vient concilier les deux premières :
« Même
l'obscurité n'est pas obscure pour Toi, la nuit brille comme le jour,
l'obscurité est c=
omme
une grande lumière » (Psaumes CXXXIX, 12).
Autrement dit, Dieu se tient dans une lumière tellement éblouissante que nous en serions aveuglés s’il nous était donné de la voir. Elle équivaudrait pour nous à la plus profonde obscurité. Mais pour Dieu elle n’a r= ien d’obscur, bien au contraire.
*
* *
En-soph (Pwonya)
En-Soph, l’Infini = i>est Dieu considéré, non sous un aspect particulier, mais dans son absoluité. A cet égard, Il est une réalité infi= nie, sans limite.
Ce qui veut dire d’abord qu’il n’y a rien en dehor= s de Lui car toute existence extérieure viendrait le limiter. Ainsi, le monde, comme toutes choses, est englobé en Lui, ne constitue qu̵= 7;un de Ses aspects.
Cette Infinité signifie également que Dieu ne comporte aucune limite intérieure. Il n’est donc pas constitué de parties extérieures les unes aux autres – et qui, de ce fait, = se limiteraient mutuellement. La multitude de choses que Dieu englobe ne sont multiples que pour nous. Pour Dieu, elles sont une seule et même réalité.
Le fait qu’en Dieu les choses ne sont point distinctes et séparées, mais au contraire étroitement unies constitu= e ce qu’on appelle l’Indifférenciation divine.
En conclusion, nous dirons que Dieu est un, c’est-à-dire sans vis-à-vis et sans division interne[4].<= /p>
Comment savons-nous que c’est de ce Dieu Suprême que pa=
rle ici
le Bahir[5]=
span>
?
Nous le savons parce que le texte fait état de la Tén&= egrave;bre qui enveloppe la Divinité. En effet, la Ténèbre, la Nuit profonde, le Noir plus noir que= le noir sont traditionnellement des symboles de Dieu considér&eacut= e; sous Son aspect le plus élevé.
La Ténèbre
Cette Ténèbre est la Ténèbre supérieure par opposition à la nuit qui descend sur la terre = et, plus encore, aux ténèbres qui règnent dans les Enfers = ou dans le Tohu-Bohu.
La Ténèbre supérieure symbolise l’Indifférenciation divine par analogie avec la nuit où toutes les formes se mêlent et deviennent indistinctes (tout en garda= nt chacune, il est vrai, son individualité propre). Mais elle est foncièrement différente des ténèbres du Chaos, = pur mélange de formes qui ne parviennent pas à se constituer en un Tout harmonieux.
Le symbole de la Ténèbre, de la Nuit profonde, du Noir plus noir que le noir a vocation pour désigner le Dieu Suprême= , si éloigné de tout ce qui s’offre à notre expérience. Car nous n’avons jamais rencontré de ténèbres assez épaisses pour que toute lumière = en soit bannie : quand même les choses autour de nous y disparaîtraient, les lueurs que notre œil retient du jour continueraient d’y luire[6]. =
Nous avons dit aussi que cette Ténèbre supérieu= re ne se différencie pas de la claire Lumière et nous avons tenté de fournir une image de cette conciliatio oppositorum en disant que cette Nuit profonde équivaut à = une Lumière si vive qu’elle en devient aveuglante[7].<= /p>
La Lumière
Dans le monde physique, la lumière est ce=
qui
fait jaillir les formes hors de la nuit où toutes choses se
mêlent. Dans la sphère du mental, elle est la connaissance qui
dissipe l’ignorance et la confusion des idées. Ici et là=
;,
elle symbolise ce qui met un terme au Chaos.
Ces deux lumières, physique et animique, =
ont
là-haut, au sommet de l’Arbre sephirothique, leur Principe com=
mun :
la Khokhmah, la Sagesse qui con=
stitue
la plus haute Connaissance, celle qui appartient à Dieu, celle qui
fut nécessaire pour me=
ttre
en ordre un monde bien réglé et viable. Sans cette Sagesse
lumineuse, le monde eût été livré au Chaos. La
matière ne serait soumise à aucune loi naturelle, les hommes
n’obéiraient à aucune législation, les bêtes seraient sans instinct=
s, les
plantes sans tropismes. Au total, toutes choses demeureraient sans principe
recteur. Mais il n’en est pas ainsi. C’est pourquoi il faut dire
que le monde tout entier obéit à un Législateur, qui e=
st
le Verbe, lequel tire son inspi=
ration
de la Sagesse. Sans celle-ci, rien nulle part =
ne
pourrait subsister, ce pourquoi elle est aussi la Vie[8].
Mais la Sagesse n’est point encore la
Lumière sous son aspect le plus élevé. La claire Lumière dont il est
question dans le Bahir se situe
encore plus haut que la sephirah Kh=
okhmah,
la Sagesse, puisqu’elle est le fait de En-Soph, Lequel se tient au-dessus de l’Arbre sephirothiq=
ue.
Mais du lieu où nous sommes il n’es=
t pas
possible de dire en quoi consiste cette Lumière suprême. Nous<=
span
style=3D'mso-spacerun:yes'> pouvons seulement affirmer qu̵=
7;elle
mérite d’être appelée la Splendeur et aussi qu’elle est en relation d’analog=
ie
avec les trois précédentes puisqu’elle constitue leur
principe.
La claire Lumière est-elle
à jamais inconnaissable ?
Il est un problème qui a fort préoccupé les mystiques, c’est celui de savoir si un fossé infranchissable sépare à jamais la créature de son Créateur ou = si la connaissance de Dieu, l’union, voire la fusion, avec Lui, sont possib= les.
Les hommes religieux ont coutume d’affirmer que Dieu est si
complètement transcendant qu’Il sera à jamais inaccessi=
ble
à l’homme. Or le Bahir=
, qui
est un ouvrage initiatique, et non pas religieux, laisse déjà
entendre ici que le Dieu Suprême n’est pas
irrémédiablement inconnaissable. C’est ce qu’il
suggère par sa référence un verset qui soutient que, s=
i la
Lumière Suprême nous est actuellement cachée, ce qui la
dissimule sera un jour dissipé : « Or, maintenan=
t
on ne voit pas la claire Lumière ; elle est dans les nuées ;&nb=
sp;
puis le vent passe et les balaie. Du Nord arrive la Splendeur[9]=
span> ». (Job XXXVII, 21-22).
Ce vent qui passe est le souffl= e de Dieu, Son esprit. Il vient di= ssiper les épaisses nuées qui dissimulaient la Splendeur. Alo= rs, celle-ci se révèle enfin à ceux qui scrutaient inlassablement le Nord afin d’y distinguer les saints mystères qu’il recèle.
Le Nord
Le Nord dont il s’agit est-il le Nord terrestre ou le Nord céleste ?
Nous pensons qu’il s’agit des deux à la fois.
Le Nord terrestre est un lieu déserté de la lumi&egrav= e;re solaire. Mais corollairement et en vertu de la concordance entre les différents ordres de réalité, une autre lumière l’a déserté. Le Nord fut le lieu de la première civilisati= on, l’Hyperborée, l’antique Thulé, où vit le j= our la lumière de la tradition primordiale, ancêtre commun de tout= es les traditions initiatiques et religieuses. Cette lumière-là = s’est éteinte et la flamboyante tradition hyperboréenne s’est enfouie sous les glaces pour ne réapparaître qu’au terme= du cycle actuel, lorsque le désert glacé aura fondu.
Le Nord céleste qui,
selon les traditions, joint ce monde-ci aux mondes divins ne laisse percer
qu’une petite lumière, purement physique, celle qui éma=
ne
de l’étoile polaire. Mais cette partie du ciel s’ouvrira
à la fin de notre cycle sous les effets du Souffle divin et toutes l=
es
merveilles que jadis put contempler le poète Dante seront visibles p=
ar
tous.
Alors, la tén&egrav=
e;bre
ne sera plus ténébreuse pour nous, la nuit brillera pour chac=
un comme
le jour, la ténèbre sera pour tous comme une grande
lumière.
[1]=
span>
Ce Rabbi, qui passe pour être l’auteur du Bahir, fut, au Ier
siècle, l'un des plus grands Maîtres de la Doctrine
secrète. Il vécut en Terre sainte et eut pour disciple Rabbi
Ischmaël ben Elischa qui assura la charge de Grand-Prêtre aux
derniers jours du second Temple. Il est cité dans le Traité des Pères ( Pirqé Avot), III,6 et en Baba Batra 10 b.
[2]= span> Voir Annexe I.
[3]= span> Gerschom Scholem soutenait que le= Bahir n’est qu’un « pot-pourri »= ; de morceaux « hét&ea= cute;roclites » présentés « en vrac » et juxtaposés « avec un mépris total de la logique » (= Les Origines de la Kabbale, pp. 60 – 61).
[4]= span> « Il n’a ni détermination ni début ni lieu ; Il n’a rien en de= hors de Lui-même. (…) Il n’est qu’un en Lui-même » (Jacob Boehme, Mysterium magnum, Tome I, Ch. I, 2, p. 55)
[5]= span> Habituellement, le mot Myqxs, le= s schekhaqim, les nuées épaisses, désigne le troisième ciel, celui de la sephirah Hod, la Gloire. Mais nous démontrons ici que les mystères dont il s’agit dan= s ce chapitre se situent beaucoup plus haut, en fait au-dessus de l’Arbre sephirothique.
[6]= span> On peut en dire autant – 1. du Silence absolu (quand même on viendrait à bout d’éliminer toute rumeur extérie= ure, le flux de vie, qu’on emporterait avec son corps dans sa retraite, continuerait de se faire entendre ; - 2. de la Pax profunda (exempte absolument de toute agitation). C’e= st le modèle de cette unité profonde résidant dans le Grand Architecte de l’Univers que prennent les Francs-Maçons lorsqu’ils s’efforcent de faire de leur Loge « un lieu très éclairé, très régulier o&ugrav= e; règnent le Silence, la Concorde et la Paix »).
[7]=
span>
Certains auteurs attribuent au Principe suprême la seule
Ténèbre. Mais l’Infini ne saurait être priv&eacut=
e;
de quoi que ce soit. Dans son Arbre=
de
Vie (Ets Khayim), Khayim Vital écrit : « La lumière la plus haute, au-de=
ssus
et au-delà de nous, sans fin, est appelée En-Sophe &raqu=
o;.
[8]=
span>
Voir de René Guénon le chapitre Verbum, Lux et Vita, dans Aperçus
sur l’initiation, pp. 294 et sq..
[9]= span> Le texte établi d'après la version massorétique porte = bhz, zahab, or, et non pas rhz, zohar, splendeur. Littérale= ment, il faudrait donc lire : « Du Nord arrive l’Or ». Il est vraisemblable que les Rabbi= s du Bahir ont accepté les de= ux versions : d'une part au paragraphe= 52, ils vont faire état d'un or septentrional dont la notion ne peut provenir que de ce passage de Job ; d'au= tre part, ils construisent l'ensemble de leur ouvrage sur une association de la Clarté et de la Splendeur puisque leur texte s'ouvre par une référence au ryhb, Bahir, la Clarté (§ 1) et s'achève par une référence au rhz, Zohar, la Splendeur (§ 200) ; or, à son tour, cette association ne peut provenir que de Job XXXVII, 21-22 : « = ;Or, maintenant on ne voit pas la claire lumière ; elle est dans les nuées ; puis le vent passe et les balaie. Du Nord arrive la Splendeur, Dieu lui-même entouré d'u= ne redoutable majesté. »
Ces versets s'inscrivent dans l'exhortation que Elihou le Bouzite adresse à Job accablé de malheurs et tenté de s’abandonner à la détresse. Bien qu'il soit le plus jeune des quatre visiteurs qui ten= tent de détourner le malheureux de sa révolte contre Dieu, Elihou = est celui dont les paroles se rapprochent le plus du propos que YHVH tiendra en finale à Job. Le sens initiatique du livre de Job est donc particulièrement concentré dans les propo= s de ce jeune homme.
Les interprétations exotériques de ce même passage insistent volontiers sur le caractère radicalement inconnaissable de Dieu. Dans son édition de la Bible aux éditions Colbo, le Grand-Rabbin Zadoc Kahn propose cette traduction littéraire : « Or= donc personne ne peut regarder le soleil qui brille radieux dans le ciel, lorsqu= e le vent qui passe l'a nettoyé. Si l'or vient du Septentrion, Dieu, Lui, demeure couvert d'une redoutable majesté ». Cette traduction
- ignore le terme hte, athah, maintenant, qui laisse entrevoir que l'invisibilité de la lumière n'est que provisoire ;
- remplace =
les
mots de claire lumière (=
ryhb rwa, or bahir), c'est-&ag=
rave;-dire
de lumière qui se laisse
contempler par les mots de sole=
il
radieux, c'est-à-dire de soleil
qu'on ne peut regarder ;
- et commet=
un
contresens en posant que l'impossibilité de regarder la lumiè=
re a
lieu alors
même que le vent qui passe a nettoyé le ciel de ses
nuées : on ne saurait traduire x=
wrw, verouakh, par lorsque le vent. Le w, Vav, qui précède
Par ailleur= s, notre traducteur bouleverse la syntaxe du second verset pour parvenir à instituer une opposition radicale entre l'or qui se montre à partir du Septentrion et l'occultation radicale = de Dieu. L'octroi de l'or n'apparaît plus ainsi que comme une modeste co= ncession de Dieu au regard de tout ce qu'Il refuse de Lui-même.
En son paragraphe 9, le Bahir va soutenir au contraire que Dieu ne refuse rien de ce qui Lui appartient aux créatures qui le méritent.
On pourrait enfin demander si cette dissipation des nuées s’est déjà produite pour quelqu’un. Zohar I, 78 b lit dans les deux versets l’histoire de l'évolution des rapports d'Abram avec la maison de son père à Ur, en Chaldée, pays d’idolâtrie. Abram ne perçoit pas la claire lumière tant qu'il vit dans cette maiso= n ; il se dirige vers les nuées lorsqu'il la quitte ; enfin, il est rejo= int dans sa conversion par Tharé, son père, et toute sa maison lorsque le vent dissipe les nuées.